Après la migration au SEPA de l’été 2014, et même avant l’adoption de la DSP2 et les deux prochaines échéances de migration de 2016, pour les instruments dérogatoires, et 2017, pour les pays hors zone euro, nous avons pu constater une accélération du jeu des acteurs des paiements en Europe. Et ce mouvement se poursuit.

Les plus grands s’interrogent sur leur futur dans le nouvel espace européen, « être ou ne pas être » ; certains ACH domestiques se sont regroupés autour d’un projet d’interopérabilité, avec EQUENS en tant que PEACH, alors que l’ABE-Clearing tente de conserver son leadership et que STET dévoile une stratégie européenne, dite SEPA.EU ; certains schemes cartes domestiques se sont rassemblés autour d’une association européenne, pour préparer une interopérabilité éventuelle alors que Visa Inc est en discussion très avancée avec VISA EU pour son rachat ; enfin, quelques grands industriels européens ont rêvé à des opérations de haute voltige, comme Ingenico tentant de racheter World Pay, ce qui n’a pas abouti.

Enfin, une profonde recomposition du paysage des institutions européennes des paiements est également en cours, avec un repositionnement de l’EPC comme scheme du SDD et du SCT, et la stratégie de l’ERPB, notamment autour de l’Instant payment. En France, on attend la Phase 2 des Assises nationales des Paiements et, la composition du futur Comité National des Paiements, mais aussi les changements du paysage interbancaire avec un rapprochement entre e-RSB et STET.

C’est dire que le sujet de l’Europe des paiements est devenu d’importance.

Ces divers mouvements, annoncés ou pressentis, vont s’accélérer dans les semaines et les mois qui viennent. Bousculés par les GAFA, et autres acteurs de la sphère numérique mondiale, y compris en Chine, les émetteurs cartes cherchent à conserver leur place dans ce nouveau paysage des paiements. Bousculés aussi par le développement des opérations de flux « temps réel », Instant Payment et autres flux fondés sur un SCT ou un SDD pour des paiements de proximité, ils doivent revenir aux fondamentaux, alors que, déjà, certains experts pronostiquent la mort prochaine de la carte, en se fondant sur le développement du paiement mobile porté par le NFC et la Tokenisation.

Certains acteurs, notamment domestiques, banques ou opérateurs de paiement, n’ont pas encore pris conscience de la vitesse des évolutions et de la dimension des enjeux.

La montée en puissance des « monstres » économiques de la sphère numérique dans le domaine des paiements conduit à des initiatives permanentes, et soulève la question du champ d’organisation des systèmes de paiement : peut-on encore organiser les paiements au plan domestique, qui représente aujourd’hui pour la plupart des acteurs 90% des opérations traitées ? Ou doit-on désormais positionner ces organisations au plan européen, voire mondial ? Le niveau européen est-il pertinent, pris en tenaille entre le niveau domestique et le niveau international ? Qui paiera ces transformations ? Pour quels gains ? Pour quels coûts ?

Tous ces débats cachent une double réalité incontournable : la première, c’est que l’Europe reste le 1er marché mondial et suscite des intérêts majeurs outre-Atlantique et en Asie. Mais, jusqu’à présent, l’Europe n’a pas su affirmer son leadership dans le domaine des paiements et est marquée par une division majeure en termes de paiements entre les pays qui privilégient les flux (SCT, SDD) et les pays qui privilégient les opérations par carte, malgré les Directives et les efforts de normalisation.. La seconde réalité, c’est que la France n’a pas su mettre en avant ses atouts en Europe et Paris devenir une capitale européenne pour les paiements. Ce sont ces deux défis qu’il faut désormais relever,  Les évolutions attendues lors de cet automne seront certainement des facteurs de rupture dans l’évolution des systèmes de paiement en France et en Europe.

 

Hervé SITRUK,

Président Club SEPA, Directeur Général MANSIT SAS