A l’heure où ces lignes sont écrites, suite à l’élection présidentielle, la France a maintenu le cap vers l’Europe. Mais, cette élection a montré que l’Europe reste un concept pour une bonne part des français, qu’ils n’en comprennent pas le projet, n’en perçoivent que les contraintes et peu les bénéfices.

Avec le Brexit, l’Europe a démontré qu’un front commun était possible entre les États pour sauvegarder les acquis, voire pour les approfondir. C’est une opportunité majeure qu’il faut saisir pour aller plus loin dans l’intégration européenne, pour affirmer la souveraineté européenne, pour faire réapparaitre le projet sous-jacent et pour en apporter les bénéfices aux peuples Européens. Mais, il reste à préciser les contours de la future Europe encore en gestation. C’est le cas notamment en matière de paiement.

L’Europe des paiements reste pour le moment une juxtaposition de systèmes nationaux, sans grande consolidation, technologique ou bancaire, à quelques exceptions près, sans grands flux transfrontières, sans outil majeur d’interopérabilité, sauf en matière de cartes, même si des progrès ont été réalisés en termes de règles, d’instruments et de standards ; et en matière de monétique, cette interopérabilité a été déléguée à des systèmes internationaux non européens.

L’Europe des paiements a désormais trois impératifs :

  • Poursuivre son intégration, et affirmer la souveraineté européenne, en refondant la confiance entre les pouvoirs publics européens et ses grands acteurs des paiements, au premier rang desquels, les banques, y compris les néo-banques, les nouveaux établissements de paiement, les Fintechs, et les grands acteurs industriels et de services numériques européens, sans lesquels rien ne se fera en Europe dans les paiements. Il faut mettre en place une nouvelle « interbancarité » européenne, ouverte à tous les acteurs qui sont prêts à s’investir ensemble pour construire les instruments de cette intégration et de cette souveraineté, la mise en œuvre effective des standards européens, l’interopérabilité généralisée, les infrastructures et les organisations européennes de paiement. Cela suppose de veiller à trois règles clés : la compétition basée sur le « same level playing field », un nouveau business case qui permettra de financer les investissements, et l’apport de nouveaux services aux acteurs économiques… aux entreprises, mais aussi aux consommateurs-citoyens européens, sans l’adhésion desquels ce projet restera peu porteur de croissance ;
  • Passer rapidement au numérique : c’est déjà le cas avec le virement européen instantané, la première réalisation de l’Instant Payment ; il faut d’abord réussir cette évolution majeure, et parallèlement, étendre cette approche temps réel à tous les instruments de paiement, comme cela avait été envisagé à l’origine, et notamment à la carte bancaire, en adoptant en France le Single message qui est déjà présent dans une bonne part de l’Europe occidentale ; la carte digitalisée doit devenir aux côtés du virement européen instantané, le 2e instrument de paiement européen, et pour cela, il faut songer à rebâtir l’Europe de la monétique, longtemps laissé en jachère ou aux seuls acteurs internationaux ;
  • Enfin, et ce n’est pas mineur, communiquer avec les peuples européens, comme en France, pour faire apparaître le projet, ses apports à l’Europe en termes de compétitivité, certes, mais aussi en termes de souveraineté, de prix et de services, ce qui a bien manqué dans le passé, notamment lors du projet Monnet ou lors du passage aux nouveaux instruments de paiement européens, SCT et SDD.

Le Club SEPA va apporter sa pierre à ce nouveau défi, et participer à sa façon à ce grand projet. Il va lui aussi se transformer pour s’ouvrir davantage aux débats avec tous les acteurs concernés, pour devenir un forum ouvert à tous les acteurs du paiement, au moins en France, pour poursuivre sa stratégie de dialogue sans langue de bois, pour informer le grand public absent de ces débats, pour rester une force de proposition, et pour participer activement à la promotion de l’industrie française des paiements en Europe.